Avant la route nationale et elle est relativement récente (1745), Noailles n’existait pas. Il y avait alors que deux villages Boncourt et Longvillers, reliés entre eux par quelques chemins et au reste du pays par deux routes principales correspondant à chacun de ces villages. Sous le règne de Louis XV, le développement des transports obligea le gouvernement à moderniser le réseau routier français. On commença à se pencher sur ce problème en 1744. En 1750, le Corps des Ponts et Chaussées (aujourd’hui Administration de l’Equipement) reçoit son statut.

C’est ainsi que l’on entreprend, entre 1742 et 1745, de réaliser un nouveau tracé de la route royale (aujourd’hui nationale) de Paris à Calais, notamment entre Sainte-Geneviève et Warluis, où cette route royale passera entre les villages de Boncourt et de Longvillers, et là, le long de la route, se construira Noailles.
Ce nom vient d’une des grandes familles de la Cour, originaire de Corrèze, les De Noailles, dont une branche cadettte du début du XVIIIème siècle a de grands fiefs dans la région voisine, les Mouchy-Noailles ou Noailles-Mouchy.

Les travaux de la route furent menés rondement, entre 1742 et 1745 ; trois ans suffirent, avec les moyens de l’époque : la pelle et la pioche, pour établir la route. Le mérite en est sans doute dû à l’entrepreneur : Jean Léonard Sellos.
Dès 1746, le nouveau relais de poste fut construit, près du pont qui enjambe le Sillet, et confié au sieur André Blainville (le maître de poste qui laisse son nom à l’actuel Blainville). Ce relais de poste s’appelait alors Relais de Poste de Boncourt (Noailles n’existait pas, et Blainville Naissait).

En 1760, le Comte de Noailles de la Maison de Noailles-Mouchy, qui avait certainement contribué à la décision de l’abandon de l’ancienne route par Tillard, fit bâtir une auberge qui eut comme enseigne Hôtel de Noailles. A cette même époque, le Comte de Noailles concède à des habitants futurs des terrains le long de la route, pour y faire construire des maisons d’habitation. Noailles naissait.
Ainsi Noailles est né entre 1745 et 1770 avec la route royale nouvelle et les premières maisons qui la bordaient, groupant finalement en un seul bourg, Boncourt et Longvillers.


Les lieux d’intérêts :

L’hôtel de ville
Le registre des délibérations de la « municipalité de Longvillers-Boncourt et Noailles en dépendant » fut ouvert par le maire Pelletier le 6 février 1792, mais ce n’est qu’en 1835 que fut lancé le projet de construction d’une mairie définitive pour la commune de Noailles.

Le mérite du projet revient à la vicomtesse de Noailles. Par lettre de Paris en date du 20 janvier 1835, celle-ci offrit à la municipalité de lui faire concession gratuite et perpétuelle des deux premières travées de la plus grande des halles pour qu’un hôtel de ville y fût édifié. Le 8 mai 1835, l’architecte Constant Duval, de Beauvais, déposa le projet qu’on lui avait demandé d’établir. Les devis furent approuvés par le ministère de l’Intérieur le 29 janvier 1836 et les travaux, rondement menés. Un second architecte, M. Dardaillon, intervint pour les consoles, profils, chapiteaux extérieurs au-dessus du sol du premier étage.

Le 7 juin 1901 furent approuvées les délibérations municipales concernant les plans de l’architecte Laffineur, de Beauvais, dans le cadre du projet de travaux de remise en état de la grande salle de l’étage et de réaménagement du rez-de-chaussée. L’hôtel de ville rompit alors ses derniers liens avec les halles de sa naissance et acquit l’aspect extérieur que nous lui connaissons aujourd’hui.

Le relais de Blainville

Le nouveau relais de poste, construit par André Blainville vers 17503 sur le nouveau tracé de la route de Calais à Paris, devait initialement s’appeler « Boncourt », comme l’avait ordonné le roi par un brevet du 12 août 1755, Mais cette dénomination ne fut jamais suivie d’effet : le relais était en effet situé sur le territoire de… Ponchon. Comment dès lors l’appeler « Boncourt » ? Le nom de son constructeur, André Blainville, s’imposa comme plus simple et plus juste. Il faudra d’ailleurs attendre 1838 pour que le plan cadastral mette les choses au point : le relais de Blainville à Noailles.
Aujourd’hui, malgré le passage du temps, Blainville n’a rien perdu de son identité, le bâti ayant conservé toute son authenticité. Un caractère auquel la ville de Noailles est attachée et veille à préserver.

L’église Saint-Lucien

Issu d’une illustre famille de Rome, consacré évêque vers 250 par le pape saint Clément qui l'envoya dans lesGaules avec saint Denis et saint Rieul afin d'évangéliser ces contrées,saint Lucien fut le premier évêque de Beauvais. Vers 290, l'empereur romain Dioclétien imposa une persécution dans tout l'Empire et le préfet local, ayant appris les conquêtes de l’Évangile dans le Beauvaisis, décida d'y mettre un terme. Sur la colline de Montmille, saint Lucien fut battu de verges puis, devant son refus persistant de renier sa foi, un soldat lui trancha la tête. La légende raconte que saint Lucien alors se releva, prit sa tête dans ses mains, et marcha vers la ville de Beauvais. Ayant traversé la rivière du Thérain à Miauroy sur un drap miraculeusement raidi sous ses pieds, il s'arrêta à environ un quart de lieue de Beauvais, semblant indiquer ainsi l'emplacement où il voulait que son corps fût inhumé.

L’église de Noailles, comme 25 autres églises et paroisses du diocèse, est dédiée à saint Lucien. Située à l’extrémité nord-est de la commune, sur les pentes du bois du Larris, dans le quartier de Longvillers, elle avait conféré à ce dernier, lorsqu’il était avec Boncourt l’un des deux hameaux de la même paroisse, le statut de chef-lieu.

Le clocher, couvert d’ardoise, a été bâti en 1557, mais les moellons dont sont faits les murs de la nef, et qu’on extrayait encore au début du siècle dans le bois du Larris, sont pour certains, dans le mur nord de la nef, appareillés en « opus spicatum », disposition qu’on retrouve dans un certain nombre d’églises du Beauvaisis au xie siècle. Les fenêtres datent du xvie siècle et le pignon est de style roman.

Le quartier de Boncourt

Boncourt, quartier historique de Noailles, a su conserver au fil des années son identité et son charme alors même que la vocation urbaine du centre-ville s’est affirmée.
On y remarque l’architecture de ses maisons : ainsi d’une demeure à encorbellement du xvie siècle, au début de la rue Mignon, ou de l’ancien café-tabac, qui présente toutes les caractéristiques des ensembles édifiés dans le centre de Noailles sous l’impulsion du duc de Mouchy dans le dernier tiers duxviiie siècle : appareil de pierre et de brique, bandeau soulignant le niveau, encadrement, rythme et module des ouvertures…

La place elle-même ne s’est jamais départie de son caractère central dans la vie du quartier, bien que sa physionomie ait évolué : elle fut longtemps plus boisée, les plantations étant exploitées pour les habitants, et la mare qui y existait fut comblée après la Seconde Guerre mondiale (cf. photo).
Avant d’être « couvert » vers 1907 pour élargir la route, le ru de Boncourt affleurait le long de la place. Sa source, il la prend au « Bassin de la Fontaine », derrière le lavoir (cf. plan ci-après).

De nombreux lavoirs ont été établis sur son cours, fréquentés non seulement par les habitants de Noailles mais aussi par ceux des communes voisines. Ceux construits au Pré Haré ou à Leuillère tombèrent en ruine, mais celui de Boncourt, au contraire, a été restauré en 1981 : on calcula alors que sa cuve avait été construite en 1834 tandis que la charpente datait de 1845.